Soirée spéciale Birmanie avec deux documentaires inédits

Mardi 22 octobre 2019 à partir de 22.20

Soirée présentée par Émilie Aubry

Deux ans après le début des massacres orchestrés par l’État birman contre sa minorité musulmane et alors que les enquêteurs de l’ONU demandent que les responsables soient traduits devant la Cour pénale internationale (CPI), une soirée documentaire dissèque la “mécanique du crime” et son impact sur les luttes internes au sommet du pouvoir. 
 

Au programme :

22.20 Rohingya, la mécanique du crime
disponible sur arte.tv jusqu’au 20 novembre 2019

Documentaire de Gwenlaouen Le Gouil 
Coproduction : ARTE GEIE, Nova Production, TV Presse Production (France 2019, 1h02)

Gwenlaouen Le Gouil montre comment, de 2012 à 2017, les militaires birmans ont orchestré l’élimination et l’exode de la minorité musulmane dans l’ouest du pays. Une enquête rigoureuse sur un crime de masse.
Massacres et viols systématiques, villages incendiés, exactions de tous ordres : les récits des survivants, qui s’entassent par centaines de milliers dans le plus grand camp du monde, au Bangladesh, ont fini, trop tard, par être entendus. Au moins dix mille Rohingya de Birmanie, probablement près du triple, dont des milliers d’enfants, ont été assassinés entre 2016 et 2017 dans la province de l’Arakan. Mais ce que l’ONU a qualifié, après coup, de possible génocide, a commencé bien plus tôt, loin des regards, et a été planifié de longue date par les militaires birmans, comme le montre cette implacable enquête de Gwenlaouen Le Gouil, auteur de nombreux films sur le sujet pour ARTE, notamment, en 2017, Rohingya, un génocide à huis clos, couronné d’un Grand prix au Figra.
Entre le Bangladesh, où il recueille les témoignages des victimes rescapées, et des séjours successifs en Birmanie, dont un hallucinant voyage de presse organisé, dans le nord de l’Arakan, en 2018 par le pouvoir militaire birman, qui tentait ainsi de démentir les accusations à son encontre, le réalisateur met en évidence les étapes préméditées, d’un crime de masse. Si les Rohingya sont installés depuis des siècles dans la province, cette minorité musulmane, qui s’est ralliée avant l’indépendance à l’autorité coloniale britannique, a été privée en 1982 de sa citoyenneté birmane. Au début des années 2010, prise pour cible par des campagnes haineuses, elle commence à être dépouillée de ses droits. Des meetings xénophobes du moine bouddhiste U Wirathu, opportunément libéré de prison en 2012, à cette vidéo sur laquelle un militaire exhorte des villageois à “prendre machettes et bâtons” pour attaquer les “envahisseurs métèques”, le film expose avec précision la mise en œuvre de la logique “génocidaire”, et son cortège de persécutions. Il confronte aussi la passivité de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi et le déni hostile de ceux qui ont pris la place des Rohingya dans les campagnes de l’Arakan à l’analyse de ceux qui enquêtent sur ces crimes, dont le juriste Thomas MacManus.

Plus d’infos et visionnez le documentaire ici

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23.15 Birmanie, les coulisses d’une dictature 
disponible sur arte.tv jusqu’au 20 décembre 2019

Documentaire de Karen Stokkendal Poulsen 
Cop
roduction : ARTE France, Little Big Story, Bullitt Films  (France, Danemark , 2019, 54mn)

Racontée de l’intérieur, la lutte inégale que se livrent depuis trente ans les chefs militaires birmans et Aung San Suu Kyi. Ce récit politique passionnant éclaire le silence de cette dernière sur la persécution des Rohingya.
Couronnée d’un prix Nobel de la paix en 1991 alors qu’elle incarnait l’opposition à la dictature militaire birmane, adulée par son peuple, Aung San Suu Kyi fut un emblème international de la non-violence et de la démocratie. Celle qui a sacrifié sa vie à son combat politique, et vécu vingt ans en résidence surveillée, dirige depuis 2016, comme conseillère spéciale de l’État, ou Première ministre de facto, un pays qui occupe une place stratégique dans l’ordre du monde. Son apparente complaisance vis-à-vis de l’armée birmane, avec qui elle continue de partager le pouvoir, en dépit des atrocités perpétrées contre les Rohingya, a anéanti son image d’égérie des droits de l’Homme. La “dame de Rangoon” s’est-elle rendue complice de crimes contre l’humanité ? Sans pouvoir répondre directement à cette question, qui sera peut-être tranchée un jour par la justice internationale, Karen Stokkendal Poulsen ouvre une fenêtre inédite, et passionnante, sur la réalité du pouvoir au sommet de l’État birman. Dans ce pays longtemps soustrait aux regards extérieurs, elle a eu accès aux proches conseillers d’Aung San Suu Kyi, comme à des responsables militaires de premier plan –, mais pas à Than Shwe, le chef de l’ex-junte militaire, ni au chef d’état-major Min Aung Hlaing, visé par des sanctions pour son rôle dans les massacres. Si la “dame de Rangoon” s’y exprime, c’est avant que la tragédie qui a terni son image n’ait éclaté. Cette vision de l’intérieur éclaire donc les faits sans les élucider. Mais en racontant la lutte sans merci que se sont livrée les militaires et celle qui se révèle ici tacticienne autant que femme de pouvoir, cette plongée dans le théâtre d’ombres de la dictature birmane met en évidence le malentendu qui a présidé à “l’iconisation” d’Aung San Suu Kyi.

Plus d’infos et visionnez le documentaire ici

Découvrez 2 extraits téléchargeables :

Rohingya, la mécanique du crime
Birmanie, les coulisses d’une dictature